Le canard et l'anguille

Publié le par Christophe Pardon

Un canard, au pied tendre et à l'humeur folâtre,
Courait sur l'herbe verte, désirant s'ébattre.
Il cancanait gaiement parmi ses congénères,
Donnant à qui voulait : "bonjour à toi, mon frère !"
Se dandinant toujours, batifolant des ailes,
Il rejoignit le ru où voguaient quelques belles.
Notre fier volatile, en se faisant mirer,
Par le gentil courant donc, se laissa porter.
C'est à peine s'il vit, furetant sous les algues,
Une anguille. N'avait-il vu rien de semblable ?
Le colvert, car il s'agit de le préciser,
Par l'aspect du poisson fut un peu rebuté.
Il se dit : "cependant, ne m'a-t-on conseillé
Qu'à des apparences il ne faut pas se fier ?"
Il emboita le pas, tout du moins le sillage,
De l’anguille et lui tint à peu près ce langage :
"Que fais-tu donc là, toi, petit serpent d'eau douce ?
On pourrait te pêcher, tu n'en as pas la frousse ?"
L'anguille rît et dît : "je suis que de passage
Et c'est guère ma nature que d'être sage.
Leurres, filets, becs ne sont pas tant de menaces.
Je ruse, je louvoie quand j'entrevois la nasse.
Toi, poursuivit-elle, crains-tu d'être chassé ?
- Chassé ? Allons, allons, se gaussa l'emplumé.
Ici, c'est un lieu sûr ; je ne voudrais migrer !"
Sur ce, bêla un mouton près des barbelés…
La civelle sut bien cerner l'énergumène
Qui ne doutait pas du monde et peu de lui-même.
Et le mettre en garde elle ne l'aurait pas pu,
Car rien ne sert, non, de prêcher des cons vaincus.

 

Mars 2020.

Publié dans société, Poésie

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